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Avez-vous été traité pour une leucémie ou un lymphome durant l'enfance?

14 mai 2014


© Institut national de la recherche scientifique, 2013 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

 
Un professeur de l'INRS, Géraldine Delbès, est à la recherche d’hommes de 18 ans et plus pour une étude.  Si vous avez reçu un traitement pour une leucémie ou un lymphome avant l’âge de 18 ans et que vous désirez connaitre votre fertilité vous pourriez être éligible. Cette étude est financée par La Fondation Cole qui vise à soutenir la recherche et les soins médicaux dans le domaine de l’hématologie-oncologie chez les enfants et les jeunes adultes à Montréal.

Cette étude n’implique pas de médicament expérimental ni de chirurgie. Une compensation sera attribuée aux participants. Une seule visite.

Pour plus de renseignements :

Lorraine Lavigne, coordinatrice de recherche, au 514-934-1934 ext: 34037 ou lorraine.lavigne@muhc.mcgill.ca


Source : Université INRS | Par Joël Leblanc 

À PROPOS DES TRAVAUX DE RECHERCHE DU PR DELBÈS

« Le testicule est l’une des usines les plus performantes de la planète, décrit en souriant Géraldine Delbès, professeure au Centre INRS–Institut Armand-Frappier. Vous, les hommes, produisez 1000 spermatozoïdes à chaque battement de cœur! » Bien qu’étourdissant, ce chiffre n’occulte nullement l’important déclin, remarqué partout sur la planète, des spermatozoïdes humains : les hommes en produisent de moins en moins et sont de plus en plus inaptes à assurer la reproduction de leur espèce. Dans certains cas, l’infertilité masculine s’expliquerait par l’exposition à des contaminants présents dans l’environnement. Dans d’autres, la chimiothérapie serait directement en cause.

« Classiquement, on évalue la fertilité du sperme d’un homme au microscope par le nombre de ses spermatozoïdes, leur morphologie et leur motilité, c’est-à-dire leur facilité à se déplacer, explique la chercheure. Mais un homme peut avoir un grand nombre de spermatozoïdes parfaitement motiles et être quand même infertile. Et à l’inverse, certains hommes ont des spermatozoïdes peu nombreux, malformés et peu motiles, et ils parviennent quand même à se reproduire. Depuis quelques années, on essaie d’affiner nos connaissances en cherchant ailleurs les critères qui déterminent la fertilité d’un spermatozoïde. »

Et ce serait du cœur même des spermatozoïdes, le noyau, que proviendrait le problème. Un homme peut produire entre 15 et 20 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme. Mais ces spermatozoïdes, aussi nombreux et mobiles soient-ils, ne pourront jamais gagner la course de la reproduction s’ils arrivent à l’ovule avec un mauvais bagage nucléaire. « Il peut y avoir des cassures dans l’ADN des cellules germinales qui ne sont pas réparées et qui se retrouvent dans les spermatozoïdes en bout de ligne, spécifie Géraldine Delbès. S’il contient trop de défauts, l’ADN que le spermatozoïde fournit ne pourra pas donner un embryon viable. Pour vérifier correctement la fertilité d’un échantillon de sperme, il faut pouvoir vérifier le bon état de son ADN. »

Les contaminants qui cassent l’ADN

Dans notre monde moderne, où abondent les contaminants, tout un tas de substances peuvent endommager le bagage génétique de nos cellules. Une cellule d’orteil dont l’ADN serait brisé peut ne pas entraîner de grandes conséquences. Mais les cellules germinales mâles, tapies au creux des testicules, ont une destinée autrement plus conséquente : elles doivent fournir entre autres la moitié du bagage génétique d’un nouvel être humain. Parmi les sources de contamination pouvant causer des dommages aux cellules germinales mâles, il y a la chimiothérapie, qu’on administre à certains patients pour les soigner d’un cancer. « Les médicaments utilisés en chimiothérapie ciblent et détruisent les cellules cancéreuses, qui se multiplient rapidement, explique la chercheure. Mais les cellules germinales mâles ressemblent aux cellules cancéreuses sur un aspect : elles se divisent en continu pour produire des spermatozoïdes. Cela les expose aux effets létaux des médicaments qui les prennent aussi pour cible. C’est pour cette raison que les hommes atteints de cancer qui projettent de fonder une famille devraient systématiquement être invités à faire congeler des échantillons de leur sperme avant une chimiothérapie. Parce qu’après, une fois guéris, il y a des risques d’infertilité que nous sommes encore incapables de prédire. »

INRS Géraldine DelbèsGéraldine Delbès et son équipe de recherche INRS

Vers une meilleure procréation assistée

Mais qu’en est-il des jeunes garçons atteints d’un cancer comme la leucémie? Ils reçoivent une chimiothérapie à un âge où leurs testicules, toujours en dormance, n’ont pas encore amorcé la production de spermatozoïdes – elle surviendra à la puberté, lors des premières vagues de testostérone. « Mes recherches visent à évaluer l’impact des chimiothérapies sur le testicule immature. Nous cherchons à comprendre comment ces médicaments affectent l’ADN des spermatogonies, ces cellules à l’origine des spermatozoïdes. Pour le moment, les tests se font in vitro sur des lignées cellulaires. Mieux connaître la capacité des cellules germinales mâles immatures à résister aux chimiothérapies mais aussi leurs faiblesses, c’est envisager de nouvelles voies thérapeutiques pour éventuellement les protéger pendant les traitements contre le cancer. »

Comment la chimiothérapie administrée à de jeunes leucémiques avant la puberté affectera-t-elle leur fertilité future? Quelles conséquences aura-t-elle sur la qualité de l’ADN de leurs spermatozoïdes? « Un de mes projets à venir, en collaboration avec le Centre universitaire de santé McGill, visera à recruter de jeunes hommes de 18 à 45 ans qui ont affronté une leucémie durant l’enfance et qui l’ont vaincue à l’aide d’une chimiothérapie, annonce la professeure Delbès. Je veux faire des études sur leurs spermatozoïdes en mesurant la quantité produite et la qualité de l’ADN, puis comparer les résultats à ceux de donneurs sains. Le but est de repérer des biomarqueurs de fertilité, des indices plus sûrs de la fertilité des spermatozoïdes que les critères classiques d’abondance, de morphologie et de motilité. »

Au Québec, où un programme de procréation médicalement assistée est offert gratuitement depuis quelques années, les avancées de Géraldine Delbès pourraient avoir un solide impact. En effet, comme les techniques de fécondation in vitro sont dispendieuses, le programme québécois limite à trois le nombre de tentatives payées par l’État. Or, avec la méthode actuelle d’évaluation de la fertilité du sperme (abondance des spermatozoïdes, morphologie et motilité), on risque sans le savoir de s’acharner trois fois plutôt qu’une avec des spermatozoïdes qui ont toutes les apparences de bons candidats, mais dont l’ADN est inadéquat. En augmentant les chances de réussite des techniques de procréation médicalement assistée, des dizaines de Québécois pourront voir leur projet de fonder une famille devenir réalité. Avec, à la clé, une facture moins salée pour la société. ?

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