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Roland Chagnon

(1910-2003)

Roland Chagnon, né à St-Henri, est l’aîné d’une famille originaire de Verchères. Il est élevé dans un climat stable et austère et reçoit de ses parents des valeurs fondamentales telles l’intégrité et la simplicité, le sens de l’engagement et le respect des autres et de soi-même. Roland Chagnon retiendra tout particulièrement de ses parents la capacité de traverser les difficultés avec courage et de saisir les occasions favorables.

Élève talentueux, Roland Chagnon se voit octroyer à la fin du secondaire une bourse de 300$ pour entreprendre des études universitaires. Très tôt, il prend la décision de devenir comptable agréé et s’inscrit à l’École des Hautes Études commerciales. Il obtiendra sa licence en sciences commerciales en 1930 et son C. A. en 1932.

Il entame sa carrière en entrant au service du cabinet de comptables Larue –Trudel, qui deviendra plus tard Samson – Bélair, où il se fait remarquer par ses analyses éclairées. En 1938, il reçoit le mandat d’étude des finances du Syndicat de Québec, un grand magasin, où il passe rapidement de contrôleur à assistant - gérant, puis en devient le directeur général. Sous sa direction, le magasin connaît une ère de prospérité et d’expansion. Roland Chagnon se joint ensuite à Dupuis Frères, un grand magasin à Montréal, et en deviendra le gérant général jusqu’en 1952.

L’année 1952 marque un tournant dans la carrière de Roland Chagnon alors qu’il conclut avec J.- Louis Lévesque, propriétaire fondateur de la maison de courtage le Crédit Provincial, une entente lui permettant d’acheter 50% des actions de Fred A. Lallemand, d’en prendre la direction générale et de conserver une option d’achat pour les autres actions. Roland Chagnon saisit cette occasion deux ans plus tard, appuyé par son frère Marcel qui l’aide à se financer.

Lallemand, la compagnie dont il fait l’acquisition, se spécialise depuis 1923 dans la production de levures de boulangerie. Elle a été fondée à la fin du 19e siècle par un immigrant alsacien Fred dit Lallemand. Si la compagnie connaît un certain succès sous la direction de Fred Lallemand, la période suivante est plutôt difficile. C’est pourquoi en 1952, Roland Chagnon découvre une entreprise dans un triste état. Tout était à reconstruire et c’est ce qu’il fit. Les résultats qui ont suivi ont confirmé la justesse de sa vision et sa capacité à la concrétiser.

Roland Chagnon s’implique dans tous les aspects de l’entreprise. Après avoir modernisé le système comptable, il investit dans les améliorations. Des cuves en acier inoxydables remplacent alors les cuves en cuivre désuètes et des filtres à vide rotatifs prennent la relève des anciennes presses à levure. Il modernise également le laboratoire de microbiologie, à l’intérieur duquel il passe plusieurs heures à questionner les scientifiques pour comprendre cet être vivant microscopique devenu le pilier de son entreprise : la levure.

Roland Chagnon est aussi très impliqué dans la vie économique et sociale de Montréal et du pays. Président de la Chambre de Commerce de Montréal, Président de la Corporation de Montréal métropolitain (prédécesseur de la CUM), Président de la campagne de Centraide, administrateur de plusieurs sociétés publiques canadiennes et d’organismes sans but lucratif, tels que l’Hôpital Notre-Dame et le Centre de Recherche Clinique de Montréal, il sait les aider à s’adapter à un environnement économique en pleine mutation.

La qualité des relations personnelles a toujours été de la plus haute importance pour Roland Chagnon et on lui reconnaît une grande prévenance à l’égard de ses employés, de ses collaborateurs et des ses clients. Il sait intuitivement reconnaître les compétences des individus et leur proposer des opportunités d’emplois et défis qui leur permettent de se réaliser.

Formidable visionnaire, Roland Chagnon voyait toujours au futur et planifiait au moins 5 ans à l’avance. À l’âge de 65 ans, il quitte la direction de la compagnie pour une retraite bien méritée pour « ne pas priver sa compagnie de sang neuf ». Il faut dire qu’encore une fois son flair l’a servi au moment de rassembler des personnes capables de prendre la relève et que c’est en toute confiance qu’il cède son poste de président. Il demeure actif cependant jusqu’à l’age de 93 ans à titre d’administrateur, puis à titre d’administrateur honoraire.

Ceux qui ont eu la chance de le côtoyer retiennent de l’homme d’affaire son audace, sa perspicacité et son intuition et de l’homme sa gentillesse, sa courtoisie et son sens de l’humour, dans les moments de paix comme dans les périodes d’adversité.