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L'union libre : pour le meilleur ou pour le pire ?

15 mai 2013

Au Québec, 37 % des ménages vivent en dehors des liens du mariage alors que dans le reste de l’Amérique du Nord, ce chiffre se situe entre 0 et 20 %. À bien des endroits dans le monde, le nombre d’unions libres rattrape, voire dépasse la quantité de mariages. Benoît Laplante, professeur à l'INRS au Centre Urbanisation Culture Société croit que l’évolution de l’acceptabilité sociale de cette forme d’union témoigne d’une mutation des valeurs dans plusieurs pays et que, graduellement, l’institution du mariage est peut-être appelée à être remplacée par l’union libre.

 


 

Source : Université INRS | PlanèteINRS.ca | Par Benjamin Tanguay  

Lorsqu’on lui demande pourquoi les couples choisissent l’union libre ou le mariage, Benoît Laplante répond par une autre question. « Vous voulez faire de la recherche avec moi pendant cinq minutes?, demande-t-il. C’est sérieux, je viens de recevoir le fichier de données hier. » Dans son bureau perché au septième étage du Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS à Montréal, le professeur balaie toute hésitation du revers de la main avant de se retourner vers son ordinateur. Il ouvre son programme et pianote quelques lignes de code. Le logiciel crache sa réponse. À l’écran défilent des tableaux de statistiques quantifiant les différentes réponses à une question simple : pourquoi avez-vous choisi l’union libre, pourquoi avez-vous choisi le mariage? C’est la première fois qu’on dispose de données pour se pencher sur cet enjeu au Canada. Et les réponses permettront de mieux comprendre dans quelle mesure les conjoints de fait choisissent vraiment ce mode de vie.

Tantôt sous l’angle démographique, tantôt sous l’angle sociojuridique, Benoît Laplante étudie l’union libre depuis une dizaine d’années déjà. « C’est la grande transformation de l’encadrement des relations conjugales dans le monde! », lance-t-il d’entrée de jeu. Lui-même vivant en union libre depuis plus de 30 ans, le chercheur lève un sourcil lorsqu’on qualifie ce régime « d’instable » ou d’un choix fait « par défaut ». Les données appuient son scepticisme : à bien des endroits dans le monde, le nombre d’unions libres rattrape, voire dépasse la quantité de mariages. L’œil collé sur les statistiques du Québec et des Amériques, Benoît Laplante croit que l’évolution de l’acceptabilité sociale de cette forme d’union témoigne d’une mutation des valeurs dans plusieurs pays et que, graduellement, l’institution du mariage est peut-être appelée à être remplacée par l’union libre.

Aujourd’hui, j’ai rencontré l’homme de ma vie
Benoît Laplante cherche à dresser le portrait de l’union libre au Québec et à comprendre l’origine de cette différence. Le choix et la fécondité de l’union de fait et du mariage au Québec, une étude financée par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), commence à porter fruits. Prenant en compte le territoire occupé, la langue parlée et la religion pratiquée au Québec et en Ontario, le premier volet de cette étude montre directement pour la première fois ce que plusieurs soupçonnaient déjà : la popularité de l’union libre au Québec est essentiellement concentrée chez les francophones dits « de souche ». Le démographe attribue l’essentiel de cette différence à la langue parlée et note que la religion ne joue pas le même rôle dans les deux provinces. « Du point de vue de l’union libre, les francophones du Québec qui se disent sans religion ont exactement le même comportement que ceux qui se disent catholiques, décrit le chercheur. En Ontario, ce n’est pas le cas : les anglophones athées et les anglophones protestants n’ont pas tout à fait le même comportement. »

Un deuxième volet de l’étude a pour but de comparer la fécondité à l’intérieur de l’union libre, au Québec et en Ontario. « Cette recherche, souligne Benoît Laplante, permettra d’établir si l’union de fait est un cadre aussi favorable à la vie de famille que le mariage. » Le professeur espère aussi que ces efforts permettront d’alimenter la réflexion autour du droit de la famille. Depuis l’affaire « Lola contre Éric », un litige qui portait sur les obligations juridiques des conjoints de fait, un comité a été mis sur pied pour revoir le droit de la famille dans la province. Un des arguments avancés en cours pour élargir les obligations des conjoints de fait est que le mariage et l’union libre seraient devenus équivalents. « Dans ce contexte, ça devient important de comprendre dans quelle mesure les profils socioéconomiques des couples mariés et en union libre sont différents, note-t-il. En particulier lorsqu’un enfant naît dans le couple. »

Question de culture, question de perception
Benoît Laplante s’intéresse également à l’union libre ailleurs dans le monde. Il fait partie d’une équipe internationale qui regroupe des chercheurs espagnols, belges et américains qui cartographient la diffusion de l’union libre dans l’ensemble des Amériques, notamment en Amérique du Sud, où les couples non-mariés se font de plus en plus nombreux. L’effort de recherche n’est pas encore complètement terminé, mais il suffit de jeter un coup d’œil à leurs cartes pour comprendre que dans ce domaine, le Québec ressemble beaucoup plus à certains pays d’Amérique latine qu’au reste du Canada. Ici, 37 % des ménages vivent en dehors des liens du mariage alors que dans le reste de l’Amérique du Nord, ce chiffre se situe entre 0 et 20 %.

« Aux États-Unis, beaucoup de chercheurs prennent pour acquis que l’union libre est une forme de mariage à rabais pour pauvres et que les femmes éduquées tiennent absolument au mariage », affirme Benoît Laplante. Et si l’union libre augmente en popularité dans plusieurs pays, les tenants de cette théorie expliquent que c’est attribuable à la détérioration de la situation économique des jeunes couples.

Pour vérifier cette hypothèse en vogue aux États-Unis, le professeur a dirigé une étude statistique en se basant sur les données de 13 pays d’Amérique du Sud, dont l’Argentine, le Chili, le Brésil et l’Équateur. En comparant le niveau d’éducation des conjoints de fait et le nombre d’enfants qu’ils ont eus, le démographe en arrive à une conclusion différente. « En Amérique latine, les données laissent croire à une transformation des normes dans la société parce que la fécondité des femmes bien éduquées en union libre se rapproche de celle du mariage, résume Benoît Laplante. Cette tendance s’observe davantage dans les pays dont le PIB per capita est plus élevé, donc les sociétés plus riches, que dans ceux où il est plus faible. »

Le démographe croit que si la diffusion de l’union libre était la conséquence de la dégradation des conditions économiques, elle ne deviendrait pas un cadre plus fréquent pour avoir et élever des enfants dans les pays où les conditions sont relativement meilleures.

Une croyance que semble partager une grande partie des couples québécois en union libre qui ont fondé une famille. ?


« Vivre en couple et fonder une famille : L'union libre, pour le meilleur et pour le pire? » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2013 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

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